

Concours International de Poésie 2016
Concours international de poésie de l’AESAL, sur le thème de :
» L’amour de la Liberté «
Pourquoi l’amour de la liberté ? Pourquoi pas, tout simplement : la Liberté ?
Pour une raison très simple : la liberté, comme l’amour, est un combat permanent. Elle n’est jamais acquise.
On n’en a jamais fini de lutter pour la liberté. Jamais elle ne pose les pieds sur terre pour dire : « c’est la victoire ! Me voici enfin. Je reste ! »
La liberté, il faut en permanence la reconquérir, car elle est toujours en mouvement. Et ce combat n’est pas simple. Car la liberté défie toutes les logiques dans lesquelles on voudrait l’enfermer.
Il ne suffit pas, par exemple, de proclamer la liberté pour qu’elle soit. Il ne suffira jamais de dire à un esclave : je te libère pour que, du jour au lendemain, cet esclave soit libre. Il ne suffit pas qu’un peuple se soulève en réclamant la liberté, il ne suffit pas qu’il renverse un tyran, il ne suffit même pas qu’on crée des institutions, qu’on instaure le droit de vote, qu’on parle de démocratie et qu’un gouvernement se proclame ‘populaire’ pour qu’un peuple soit réellement libre. Car il n’est pas rare d’élire encore de nouveaux tyrans
Et puis, de quelle liberté parle-t-on ? De la liberté d’aimer, de croire, de choisir ? De la liberté d’agir, de penser, de créer ? Faut-il réunir toutes ces libertés avant de parler de la Liberté avec une majuscule ? Et quand, finalement, nous sortirons vainqueurs de ce combat, quand cette liberté tant rêvée deviendra la nôtre, comment en faire usage ? Comment décider ? Comment trancher ? Comment porter cet énorme poids, celui de n’avoir aucun maître, aucune contrainte, peut-être même aucun dieu au-dessus de soi ? Où s’arrête la liberté ? Et que faire d’une liberté reçue en héritage après les combats de nos ancêtres ?
Pouvons-nous simplement en jouir sans lever le petit doigt pour la mériter par nous-mêmes ? Puis, ne faut-il pas, justement, l’arrêter quelque part, cette liberté, lui imposer des limites pour qu’elle puisse exister ? Faut-il, par amour pour elle, lui lâcher toutes les brides et la laisser aller à sa fantaisie sans jamais lui mettre de frein ?
Et dans un autre domaine, si l’amour est un désir de possession, est-il compatible avec la liberté de l’être aimé ? Et la liberté religieuse permet-elle de tolérer les sectes ? D’ailleurs, comment distinguer entre religion et secte ? Est-ce justement une question de liberté ?
La liberté est une énigme passionnante : l’aimer n’est pas assez pour la comprendre, mais sans cet amour profond que lui voue une bonne partie de l’humanité, elle n’existerait pas non plus. Elle est mystérieuse, car on comprend mal pourquoi certains la refusent ou la combattent, encore moins comment ceux qui la vénèrent finissent parfois par la supprimer.
Or, quand il s’agit d’y voir clair, de comprendre vraiment le fond des choses, de saisir ce qui est fuyant, le simple raisonnement ne suffit pas. Il faut faire appel aux poètes.
Il faut leur dire : poètes, expliquez-nous ce combat. Dites-nous enfin pourquoi et comment nous aimons la liberté !
Les dieux envoient aux hommes l’amour de la liberté pour que les poètes puissent chanter de nouveaux héros.
Levez-vous donc, poètes, et prenez la lyre pour commenter ce mystère : d’où vient notre amour invétéré de la Liberté ?
Chaunes 2016.